Au XVe siècle, l’Empire khmer entre dans une période de profond bouleversement. Après plusieurs siècles de puissance centrée autour d’Angkor, la région connaît des tensions politiques, des rivalités régionales et des transformations internes. La prise d’Angkor par le royaume d’Ayutthaya, puissance siamoise montante, marque un moment charnière souvent considéré comme le début du déclin de l’époque angkorienne.
Un empire fragilisé
Depuis la fin du XIIIᵉ siècle, Angkor n’est plus la capitale invincible qu’elle avait été sous les grands rois bâtisseurs. Plusieurs facteurs fragilisent progressivement le royaume.
Les conflits dynastiques affaiblissent l’autorité royale. Les réseaux hydrauliques complexes, essentiels à l’agriculture et à la stabilité économique, demandent un entretien constant devenu difficile dans un contexte politique instable. Parallèlement, les routes commerciales évoluent vers les zones maritimes, réduisant l’importance stratégique d’Angkor située à l’intérieur des terres.
Pendant ce temps, le royaume d’Ayutthaya, fondé en 1351, gagne en puissance militaire et économique.
La prise d’Angkor
En 1431, selon la majorité des sources historiques, les armées d’Ayutthaya prennent Angkor après plusieurs campagnes militaires. Les chroniques siamoises et certaines traditions khmères évoquent une ville affaiblie et incapable de résister durablement.
Il est important de noter que les sources restent partielles et parfois contradictoires. Les historiens débattent encore de l’ampleur exacte des destructions. Angkor n’est pas totalement abandonnée immédiatement, mais cet événement marque clairement la fin de son rôle politique central.
Le déplacement du pouvoir
Après cette période, le centre du pouvoir khmer se déplace progressivement vers le sud.
D’abord vers la région de Phnom Penh, mieux connectée aux échanges fluviaux et maritimes grâce au Mékong et au Tonlé Sap. Ce choix correspond à une adaptation stratégique à un monde régional désormais dominé par le commerce maritime.
Plus tard, la capitale s’établira à Oudong, qui deviendra pendant plusieurs siècles le cœur politique du royaume khmer avant le retour définitif à Phnom Penh au XIXᵉ siècle.
Une transformation plutôt qu’une disparition
Parler de « chute d’Angkor » peut être trompeur. La civilisation khmère ne disparaît pas. Elle se transforme.
Les temples continuent d’être fréquentés, notamment Angkor Wat qui reste un lieu religieux actif. La culture, la langue et les traditions khmères perdurent malgré les pressions extérieures et les changements politiques.
Ce passage marque surtout la fin d’un modèle impérial monumental et le début d’un Cambodge davantage tourné vers les réseaux fluviaux et commerciaux.
Héritage historique
La prise d’Angkor par Ayutthaya reste un moment fondateur dans la mémoire historique cambodgienne. Elle symbolise à la fois une épreuve et une capacité d’adaptation.
L’histoire khmère ne s’arrête pas avec Angkor. Elle change de forme, se déplace, et continue d’exister à travers de nouvelles capitales, de nouvelles dynamiques politiques et une identité culturelle qui traverse les siècles.
Comprendre cette période, c’est saisir que la grandeur khmère ne réside pas seulement dans la pierre des temples, mais aussi dans sa résilience face aux transformations de l’histoire.


