Au VIe siècle, une transformation majeure s’opère dans l’histoire ancienne du Cambodge. Le puissant royaume du Funan, longtemps dominant grâce à son commerce maritime, entre progressivement en déclin. Dans le même temps, une nouvelle entité politique émerge et s’affirme : le royaume du Chenla, marquant une étape décisive dans l’évolution de la civilisation khmère.
La fin progressive du monde du Funan
Le déclin du Funan ne semble pas avoir été soudain, mais progressif. Plusieurs facteurs sont évoqués par les historiens :
• modification des routes commerciales maritimes
• affaiblissement du pouvoir central
• montée de nouvelles élites régionales à l’intérieur des terres
Les sources chinoises rapportent que le Chenla, autrefois vassal du Funan, gagne progressivement en puissance jusqu’à prendre son indépendance puis supplanter son ancien suzerain.
L’essor du Chenla : un pouvoir tourné vers l’intérieur
Contrairement au Funan, fortement orienté vers le commerce maritime, le Chenla développe sa force à partir des régions intérieures du territoire, notamment le long du Mékong.
Cette évolution marque un changement profond :
• consolidation du contrôle territorial terrestre
• développement agricole accru
• structuration politique plus enracinée dans les terres khmères
Le pouvoir ne repose plus seulement sur les ports et les échanges maritimes, mais sur la maîtrise du territoire et de ses ressources.
Une étape essentielle vers la civilisation angkorienne
Le Chenla joue un rôle fondamental dans la continuité historique khmère. Il renforce les bases administratives, religieuses et culturelles qui permettront, plusieurs siècles plus tard, l’émergence de l’Empire d’Angkor.
Les inscriptions sanskrites et khmères retrouvées témoignent déjà d’une identité politique affirmée, d’une organisation royale solide et d’une culture en pleine évolution.
Héritage et continuité khmère
Le passage du Funan au Chenla n’est pas une rupture, mais une transformation. Il illustre la capacité du monde khmer à s’adapter aux changements économiques et géopolitiques tout en poursuivant son développement.
Au VIe siècle, la civilisation khmère ne disparaît pas avec le Funan. Elle se réinvente.
Le Chenla devient ainsi le pont historique entre les premiers royaumes proto-historiques et la future grandeur angkorienne, confirmant déjà la profondeur et la continuité d’une civilisation appelée à marquer durablement l’histoire de l’Asie du Sud-Est.


