Au Ier siècle après J.-C., bien avant l’Empire d’Angkor, apparaît sur les terres du sud de l’actuel Cambodge un royaume qui marque le véritable début de l’histoire politique khmère. Ce royaume porte un nom transmis par les sources chinoises : le Funan. Il est aujourd’hui considéré par les historiens comme le premier État organisé connu en territoire khmer.
Un carrefour maritime majeur en Asie du Sud-Est
Le Funan ne naît pas dans l’isolement. Situé entre le delta du Mékong et les grandes voies maritimes reliant l’Inde à la Chine, il devient rapidement un centre stratégique du commerce international.
Des navires marchands venus d’Inde, de Chine et d’autres régions d’Asie y échangent :
• épices
• perles et pierres précieuses
• tissus et métaux
• produits artisanaux locaux
Les chroniques chinoises décrivent un royaume prospère, organisé et ouvert sur le monde. Cette activité commerciale montre que les populations khmères participaient déjà activement aux réseaux économiques internationaux il y a près de deux mille ans.
Les premières bases d’un État khmer
Le Funan n’est pas seulement un port commercial. Il possède des caractéristiques d’un véritable État :
• une autorité politique structurée
• des centres urbains et portuaires
• des systèmes d’irrigation et d’aménagement du territoire
• une organisation sociale avancée
Les fouilles archéologiques, notamment à Óc Eo, révèlent des canaux, des objets venus de régions lointaines et une culture matérielle raffinée. Cela témoigne d’un savoir-faire technique et d’une capacité d’organisation remarquable.
Influences et identité
Le contact avec l’Inde introduit des éléments culturels nouveaux, comme certaines croyances religieuses, l’écriture et des modèles politiques. Mais ces influences ne remplacent pas la culture locale. Elles sont adaptées, transformées et intégrées selon une identité proprement khmère.
C’est déjà le début d’un trait majeur de la civilisation cambodgienne : absorber les échanges extérieurs tout en conservant son âme.
Aux racines de la grandeur khmère
Le Funan pose les fondations des royaumes qui suivront, notamment le Chenla puis, des siècles plus tard, la civilisation angkorienne. L’idée d’un pouvoir central, la maîtrise de l’eau et l’ouverture commerciale trouvent ici leurs premières expressions.
Ainsi, bien avant Angkor Wat, la grandeur khmère existait déjà.
Le Funan rappelle que l’histoire du Cambodge ne commence pas avec ses temples de pierre, mais avec un peuple navigateur, commerçant et bâtisseur, pleinement intégré aux grandes dynamiques du monde antique.
Un héritage ancien qui témoigne d’une continuité civilisationnelle et d’une profondeur historique dont le Cambodge peut légitimement être fier.


