Entre le VIIe et le VIIIe siècle, le royaume du Chenla connaît une transformation profonde qui marque une nouvelle étape dans l’histoire ancienne du Cambodge. Après avoir succédé au Funan et consolidé son pouvoir sur une grande partie du territoire khmer, le Chenla se fragilise progressivement jusqu’à se diviser en deux entités distinctes, connues dans les sources chinoises sous les noms de Chenla de Terre et Chenla d’Eau.
Une division politique du monde khmer
Les chroniques chinoises décrivent un royaume qui ne forme plus une autorité unifiée. Deux centres de pouvoir émergent :
• le Chenla de Terre, situé davantage à l’intérieur des terres, dans les régions septentrionales et montagneuses
• le Chenla d’Eau, installé dans les zones basses et fluviales proches du Mékong et des réseaux maritimes.
Cette séparation reflète probablement des rivalités dynastiques, des différences régionales et une difficulté à maintenir un contrôle central sur un territoire devenu vaste.
Entre rivalités et recompositions
Cette période est souvent qualifiée d’instable. L’autorité royale s’affaiblit et plusieurs pouvoirs locaux gagnent en autonomie. Les échanges politiques et militaires entre principautés deviennent plus fréquents, créant un équilibre fragile.
Cependant, il ne s’agit pas d’un effondrement civilisationnel. Les activités agricoles, religieuses et culturelles continuent de se développer. Des temples sont encore construits, et les traditions religieuses héritées de l’Inde restent bien implantées.
Une étape nécessaire avant Angkor
Avec le recul historique, cette phase apparaît comme une période de transition. La division du Chenla prépare indirectement l’émergence d’un nouveau modèle politique capable de réunifier les territoires khmers.
Quelques décennies plus tard, cette recomposition ouvrira la voie à la naissance de l’époque angkorienne, lorsque de nouveaux souverains réussiront à restaurer une autorité centrale forte.
Continuité malgré l’instabilité
Les VIIe et VIIIe siècles montrent que l’histoire khmère n’est pas une succession linéaire de puissances, mais un processus vivant fait d’adaptations et de transformations.
Même divisée, la civilisation khmère conserve ses savoirs, ses croyances et son organisation sociale. Cette continuité explique pourquoi, après cette phase d’instabilité, le monde khmer sera capable de donner naissance à l’une des plus grandes civilisations monumentales de l’Asie du Sud-Est : Angkor.
Ainsi, le Chenla divisé n’est pas une fin, mais un passage, révélant déjà la résilience et la profondeur historique du Cambodge.


