Le racisme anti-asiatique est une forme de discrimination encore trop souvent minimisée dans la société française. Derrière les plaisanteries, les stéréotypes et les remarques sur les origines se cachent pourtant des comportements qui peuvent avoir des conséquences profondes sur les personnes qui les subissent.
En 2026, alors que les questions d’identité, d’appartenance et de discriminations continuent de traverser la société française, il est important de comprendre ce que recouvre réellement le racisme anti-asiatique, comment il se manifeste et pourquoi il concerne également les communautés khmères de France.
Qu’est-ce que le racisme anti-asiatique ?
Le racisme anti-asiatique désigne l’ensemble des préjugés, des discriminations, des humiliations et des violences dirigés contre des personnes perçues comme asiatiques, en raison de leurs caractéristiques physiques, de leurs origines réelles ou supposées, de leur nationalité ou de leur culture.
Il ne concerne pas uniquement les personnes chinoises. Les personnes cambodgiennes, vietnamiennes, laotiennes, japonaises, coréennes et d’autres origines asiatiques peuvent également être visées.
En France, ce racisme prend parfois une forme particulière : certaines personnes sont systématiquement ramenées à une identité asiatique supposée, sans que leur véritable origine soit connue ou même considérée.
Une personne khmère peut ainsi être prise pour une personne chinoise ou vietnamienne. Une personne née en France, dont les parents sont cambodgiens, peut être considérée comme étrangère simplement en raison de son apparence physique.
Cette assignation permanente à une origine supposée participe à la construction d’un sentiment de différence et d’exclusion.
Les différentes formes du racisme anti-asiatique
Le racisme ne se manifeste pas toujours par des insultes ouvertement agressives. Il peut être beaucoup plus ordinaire, répétitif et parfois difficile à identifier pour ceux qui ne le subissent pas.
Les moqueries sur les caractéristiques physiques
Imiter les yeux bridés, caricaturer les traits du visage, prendre un accent asiatique pour faire rire ou utiliser des surnoms humiliants sont des comportements racistes lorsqu’ils servent à rabaisser une personne en raison de son apparence.
Les stéréotypes sur les populations asiatiques
Les Asiatiques sont parfois présentés comme naturellement travailleurs, bons en mathématiques, disciplinés, discrets ou dociles.
Même lorsqu’ils sont présentés comme des compliments, ces clichés enferment des individus dans des caractéristiques collectives et leur refusent leur individualité.
L’exotisation des personnes asiatiques
Réduire une personne à ses origines, à son apparence ou à des fantasmes culturels constitue également une forme de racisme.
Une personne n’est pas un objet de curiosité simplement parce qu’elle possède des caractéristiques physiques ou culturelles différentes de celles de la majorité.
La discrimination dans la vie quotidienne
Le racisme anti-asiatique peut aussi se manifester dans l’accès à l’emploi, au logement, aux stages, aux services ou dans les relations sociales.
Il peut prendre la forme d’un refus injustifié, d’un traitement défavorable ou d’une suspicion permanente fondée sur l’origine réelle ou supposée d’une personne.
Les enfants asiatiques peuvent être victimes de moqueries, d’insultes, de mises à l’écart et de harcèlement en raison de leurs traits physiques ou de leurs origines.
Ces comportements ne sont pas de simples plaisanteries entre enfants. Lorsqu’ils visent systématiquement une identité ou une apparence, ils peuvent installer un sentiment de rejet et fragiliser le sentiment d’appartenance.
Les Khmers de France sont également concernés
La communauté cambodgienne n’est pas extérieure à cette réalité.
Les personnes d’origine khmère peuvent être confrontées aux mêmes préjugés que les autres populations asiatiques. Leur identité cambodgienne est parfois ignorée, confondue avec une autre nationalité ou réduite à une représentation générale de l’Asie.
Cette méconnaissance des différentes cultures asiatiques ne justifie pas les comportements racistes, mais elle contribue parfois à rendre certaines discriminations moins visibles.
Être Khmer ne signifie pas être Chinois. Être Cambodgien ne signifie pas être interchangeable avec toutes les autres populations asiatiques.
Derrière chaque origine se trouvent une histoire, une langue, une culture, une mémoire et une identité propres.
Il est donc important que les Khmers de France puissent nommer ces discriminations et reconnaître les situations dans lesquelles ils peuvent eux-mêmes être concernés.
Le Covid-19 : un révélateur du racisme anti-asiatique
La pandémie de Covid-19 a constitué un épisode particulièrement marquant.
En 2020, l’association entre le coronavirus et son apparition en Chine a rapidement alimenté des amalgames visant les populations asiatiques dans leur ensemble.
Des personnes ont été insultées, évitées, humiliées ou agressées en raison de leur apparence. Des enfants asiatiques ont également été victimes de harcèlement scolaire, certains étant désignés comme des porteurs du virus.
La campagne #JeNeSuisPasUnVirus avait alors permis de rendre visible cette réalité et de dénoncer la stigmatisation des personnes asiatiques.
Les familles cambodgiennes n’étaient pas à l’abri de ces amalgames. Des enfants khmers pouvaient être pris pour cible sans avoir le moindre lien avec la Chine ou avec l’épidémie.
En 2026, les discriminations liées à l’origine restent une réalité
Le 26 février 2026, le Défenseur des droits a publié un rapport intitulé « Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité ».
Cette publication dresse un état des lieux des discriminations rencontrées par les jeunes dans différents domaines : école, enseignement supérieur, emploi, logement, santé et loisirs.
Selon ce rapport, un quart des jeunes immigrés, descendants d’immigrés ou nés en outre-mer interrogés déclarent avoir subi une discrimination liée à leur origine ou à leur couleur de peau au cours des cinq dernières années.
Le rapport souligne également les difficultés rencontrées par les jeunes perçus comme asiatiques dans l’accès au logement : leurs chances d’obtenir une réponse positive sont inférieures de 20 % à celles des candidats perçus comme étant d’origine française ancienne, dans les situations étudiées.
Ces données ne mesurent pas exclusivement le racisme anti-asiatique et ne permettent pas de déterminer la situation particulière des jeunes d’origine cambodgienne. Elles montrent néanmoins que les discriminations fondées sur l’origine continuent de peser sur les parcours des jeunes en France.
Le rapport rappelle également que ces discriminations ne se limitent pas à des incidents isolés : elles peuvent s’accumuler et affecter durablement les trajectoires scolaires, professionnelles et sociales.
Pourquoi ne faut-il pas banaliser ces comportements ?
L’une des difficultés du racisme anti-asiatique réside dans sa banalisation.
Certaines remarques sont encore considérées comme inoffensives parce qu’elles sont présentées comme de l’humour, des compliments ou de simples curiosités.
Pourtant, répéter à une personne qu’elle ne ressemble pas à une Française, lui demander constamment d’où elle vient réellement ou caricaturer son apparence physique contribue à la maintenir dans une position d’étrangère.
L’intention de faire rire ne suffit pas à effacer les conséquences d’un comportement.
Il faut également rappeler que les personnes asiatiques ne forment pas un groupe culturel uniforme. Les histoires, les langues, les traditions et les parcours migratoires sont différents d’une communauté à l’autre.
Reconnaître cette diversité, c’est aussi refuser les amalgames.
Une question de transmission pour les générations khmères
Pour la communauté khmère de France, cette question dépasse la simple reconnaissance des discriminations.
Elle concerne également la transmission de notre identité aux générations suivantes.
Nous parlons régulièrement de préserver notre langue, nos traditions, notre histoire et notre patrimoine. Mais transmettre notre identité signifie aussi apprendre à nos enfants à reconnaître les préjugés, à comprendre les mécanismes du racisme et à ne jamais considérer les humiliations comme normales.
Les enfants khmers doivent pouvoir grandir sans avoir à justifier leurs origines, leur apparence ou leur appartenance à la société française.
Ils doivent connaître leur histoire et comprendre qu’ils n’ont pas à choisir entre leur identité cambodgienne et leur place dans la société française.
La fierté de nos origines ne devrait jamais être dissociée de la défense de notre dignité.
Ne pas oublier, ne pas banaliser, ne pas transmettre les préjugés
Le racisme anti-asiatique n’est pas une question secondaire. Il concerne des personnes, des familles et des générations entières.
En 2026, il reste nécessaire d’en parler, de documenter ses manifestations et de rappeler que les plaisanteries racistes, les stéréotypes et les discriminations ne sont pas des comportements anodins.
Pour les Khmers de France, se souvenir de ce que les familles et les enfants ont pu subir pendant la crise du Covid-19 est également une manière de préserver une mémoire collective.
Nos origines ne sont pas une plaisanterie. Notre apparence n’est pas une faute. Notre identité n’est pas négociable.
Comprendre le racisme anti-asiatique, c’est apprendre à le reconnaître, refuser de le banaliser et transmettre aux générations futures le respect de leur propre identité comme de celle des autres.


