Au cœur d’Angkor Thom, derrière le Palais Royal ancien, s’élève le temple de Baphuon, l’un des monuments les plus impressionnants et les plus complexes de la civilisation khmère.
Moins médiatisé qu’Angkor Wat, il incarne pourtant une prouesse architecturale majeure et une transformation religieuse unique dans l’histoire du Cambodge.
Un temple-montagne du XIe siècle
Le temple de Baphuon est construit au milieu du XIe siècle sous le règne du roi Udayadityavarman II.
À l’origine, il est dédié à Shiva. Sa structure suit le modèle du temple-montagne, représentation symbolique du mont Meru, centre cosmique dans la cosmologie hindoue.
Caractéristiques majeures :
• Plan pyramidal à trois niveaux
• Hauteur impressionnante pour son époque
• Construction en grès sur un noyau de latérite
• Escaliers abrupts symbolisant l’ascension spirituelle
À son apogée, le temple de Baphuon était l’un des plus grands temples d’Angkor.
Une prouesse technique khmère
Le temple de Baphuon est un défi architectural. Contrairement à Angkor Wat, il a été bâti avec un cœur en remblais de latérite et des parements en grès.
Cette technique, ambitieuse, a rendu la structure instable avec le temps.
Au XXe siècle, les archéologues ont entrepris une restauration exceptionnelle par anastylose :
• Démontage complet du monument
• Numérotation de centaines de milliers de blocs
• Réassemblage pierre par pierre
La guerre civile cambodgienne a interrompu les travaux, et les archives ont été perdues. Les restaurateurs ont dû recommencer presque à zéro.
Le temple de Baphuon est souvent appelé le « puzzle archéologique le plus complexe du monde ». Sa reconstruction achevée au XXIe siècle est un symbole de résilience scientifique et culturelle.
Le Bouddha couché : une transformation historique
Au XVIe siècle, le temple change de fonction. Le Cambodge adopte progressivement le bouddhisme theravāda.
Sur la face ouest du Baphuon, un Bouddha couché monumental d’environ 70 mètres de long est aménagé directement dans la maçonnerie du mur.
Il ne s’agit pas d’une statue indépendante.
Il est formé par l’agencement des blocs du mur existant.
Ce choix est profondément symbolique :
• Continuité plutôt que destruction
• Transformation plutôt qu’effacement
• Adaptation religieuse sans démolition total
Le temple de Baphuon devient ainsi un témoignage visible de l’évolution spirituelle du royaume khmer.
Un monument au cœur d’Angkor
Situé à proximité immédiate du Bayon et de l’ancien Palais Royal, le Baphuon occupait une place centrale dans l’organisation urbaine d’Angkor Thom.
Il était relié par une chaussée surélevée monumentale, soulignant son importance politique et religieuse.
Sa masse imposante domine encore aujourd’hui le paysage.
Fierté et continuité khmère
Le Baphuon n’est pas seulement un site archéologique. Il représente :
• la maîtrise architecturale du XIe siècle
• la capacité d’adaptation religieuse du royaume
• la persévérance des équipes cambodgiennes et internationales dans sa restauration
• la continuité d’un héritage millénaire
Son Bouddha couché rappelle que le Cambodge a su intégrer ses transformations spirituelles sans effacer son passé.
Le temple de Baphuon est une montagne de pierre. Mais c’est aussi une montagne d’histoire. Il incarne le génie, la complexité et la profondeur de la civilisation khmère et il demeure, aujourd’hui encore, un symbole de fierté nationale.
