La coopération accélérée entre les États-Unis et le Cambodge depuis le conflit

États-Unis–Cambodge : un dégel engagé avant le conflit, puis une accélération spectaculaire après les affrontements avec la Thaïlande

Pris isolément, chacun des événements récents entre les États-Unis et le Cambodge pourrait être présenté comme une simple initiative diplomatique, militaire ou policière.

Mais lorsqu’on replace tous les faits dans l’ordre chronologique, une dynamique beaucoup plus nette apparaît : Washington avait commencé à renouer progressivement avec Phnom Penh dès 2024, après plusieurs années de relations froides. Le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande, déclenché en 2025, semble ensuite avoir transformé ce dégel prudent en rapprochement accéléré.

Il serait donc inexact de dire que les États-Unis ne s’intéressaient absolument pas au Cambodge avant le conflit. En revanche, il est difficile de nier que les initiatives américaines se sont multipliées et ont changé d’échelle après les affrontements.

Juin 2024 : Lloyd Austin relance le dialogue avec Phnom Penh

Le premier signal important apparaît le 4 juin 2024.

Lloyd Austin, alors secrétaire américain à la Défense, se rend à Phnom Penh. Il rencontre séparément le Premier ministre Hun Manet, le ministre cambodgien de la Défense Tea Seiha et Hun Sen, devenu président du Sénat.

Les discussions portent notamment sur la reprise des échanges militaires, la formation d’officiers cambodgiens aux États-Unis, le déminage et l’élimination des munitions non explosées.

Cette visite est importante, car les relations s’étaient fortement dégradées sous Hun Sen. Washington critiquait la répression politique au Cambodge, tandis que Phnom Penh se rapprochait toujours davantage de Pékin.

Le fait que Lloyd Austin se déplace personnellement peu après l’arrivée de Hun Manet au pouvoir montre que les États-Unis voient dans le changement de Premier ministre une occasion de rouvrir le dialogue.

Hun Manet possède d’ailleurs un profil particulièrement intéressant pour Washington : il a été formé à l’académie militaire américaine de West Point, même s’il demeure politiquement et stratégiquement très proche de la Chine.

Octobre 2024 : reprise officielle du dialogue militaire

Le 15 octobre 2024, Laura Updegrove, responsable du Pentagone chargée de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est, se rend au Cambodge.

Elle participe au premier dialogue de politique de défense entre les États-Unis et le Cambodge depuis 2019.

Ce n’est plus seulement une visite symbolique : les deux pays réactivent un mécanisme officiel de discussion militaire interrompu depuis cinq ans. Les échanges portent sur la coopération de défense, la sécurité régionale et la formation militaire.

Le même mois, le vice-Premier ministre cambodgien Sun Chanthol déclare à Washington que la base navale de Ream, modernisée avec l’aide de la Chine, pourrait accueillir des navires américains ainsi que ceux d’autres pays.

Cette déclaration répond directement aux soupçons américains selon lesquels Pékin pourrait bénéficier d’un accès militaire privilégié à Ream.

À ce stade, Phnom Penh envoie donc un message : le Cambodge reste proche de la Chine, mais affirme ne pas vouloir lui réserver exclusivement ses infrastructures militaires.

Décembre 2024 : premier navire militaire américain depuis huit ans

Le 16 décembre 2024, l’USS *Savannah*, un navire de combat littoral de la marine américaine, arrive à Sihanoukville.

Il s’agit de la première escale d’un navire de guerre américain au Cambodge depuis huit ans.

L’escale ne se déroule pas encore directement dans la base navale de Ream, mais elle est très symbolique. Sihanoukville se trouve à proximité de cette base, devenue l’un des principaux points de tension entre Washington, Phnom Penh et Pékin.

Le commandant de l’US Indo-Pacific Command, l’amiral Samuel Paparo, visite également le navire avec une délégation de la marine cambodgienne.

Ce déplacement montre que la reprise des contacts ne concerne déjà plus seulement les diplomates : elle implique les plus hauts niveaux du commandement militaire américain dans l’Indo-Pacifique.

Février 2025 : le chef de l’US Army Pacific se rend au Cambodge

Le 24 février 2025, le général Ronald P. Clark, commandant de l’US Army Pacific, se rend à son tour au Cambodge.

Il rencontre Hun Manet ainsi que de hauts responsables militaires cambodgiens. Les discussions portent sur le maintien de la paix, le déminage, le contre-terrorisme, les échanges militaires et la possibilité de reprendre les exercices conjoints entre les deux armées.

Ce point est essentiel pour comprendre la suite : l’idée de relancer l’exercice militaire Angkor Sentinel existait donc déjà avant le conflit frontalier majeur avec la Thaïlande.

Jusqu’à cette période, on peut parler d’un dégel progressif.

Les États-Unis rouvrent les canaux militaires, testent la disponibilité de Hun Manet, reprennent les visites officielles et envoient un premier navire. Mais la relation reste encore prudente et limitée.

Juillet 2025 : le conflit frontalier crée une occasion géopolitique

En juillet 2025, les tensions frontalières entre le Cambodge et la Thaïlande dégénèrent en affrontements particulièrement meurtriers.

Le conflit fait des dizaines de morts et provoque le déplacement de centaines de milliers de civils.

Donald Trump intervient directement en téléphonant aux dirigeants cambodgien et thaïlandais. Il lie notamment la poursuite des négociations commerciales américaines à l’arrêt des combats.

Un premier cessez-le-feu est obtenu après plusieurs jours d’affrontements.

Cette intervention permet aux États-Unis de réapparaître comme un acteur diplomatique central dans un conflit concernant deux pays d’Asie du Sud-Est : la Thaïlande, alliée historique de Washington, et le Cambodge, devenu depuis des années l’un des partenaires les plus proches de la Chine.

C’est à partir de cette crise que le rapprochement change de nature.

Avant le conflit, Washington cherchait surtout à rétablir progressivement le dialogue avec Phnom Penh.

Après le conflit, les États-Unis deviennent un médiateur, un garant politique et bientôt un partenaire sécuritaire renforcé du Cambodge.

Un élément historique souvent oublié

Il est également important de rappeler un élément historique souvent oublié.

Depuis la Guerre froide, la Thaïlande est l’un des principaux alliés des États-Unis en Asie du Sud-Est. À partir des années 1960, Washington utilise plusieurs bases aériennes thaïlandaises – notamment U-Tapao, Ubon, Korat, Takhli et Udorn – pour conduire des opérations aériennes au Vietnam, mais également au Laos et au Cambodge. Une grande partie des bombardements américains en Indochine est partie du territoire thaïlandais.

Cette relation privilégiée perdure encore aujourd’hui. La Thaïlande bénéficie du statut de Major Non-NATO Ally des États-Unis et accueille régulièrement Cobra Gold, l’un des plus importants exercices militaires multinationaux de la région.

Lors du récent conflit frontalier, l’armée thaïlandaise a utilisé plusieurs équipements militaires d’origine américaine ainsi que certains systèmes et armements d’origine israélienne. Cela ne signifie pas que Washington ou Israël aient participé directement aux opérations, mais ce contexte rappelle que le principal allié régional des États-Unis était engagé militairement contre le Cambodge au moment même où Washington renforçait progressivement ses relations avec Phnom Penh.

 

26 octobre 2025 : signature de l’accord de Kuala Lumpur

Le 26 octobre 2025, le Cambodge et la Thaïlande signent une déclaration de paix à Kuala Lumpur, en marge du sommet de l’ASEAN.

L’accord est conclu en présence de Donald Trump et du Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim.

Il prévoit notamment des mesures de désescalade, le retrait d’armes lourdes, la coopération en matière de déminage et le traitement de la question des soldats cambodgiens capturés.

Hun Manet salue publiquement le rôle de Donald Trump et ira jusqu’à proposer sa candidature au prix Nobel de la paix.

Cette reconnaissance crée une proximité politique directe entre le gouvernement cambodgien et l’administration américaine.

31 octobre 2025 : annonce du retour d’Angkor Sentinel

Quelques jours seulement après l’accord, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth rencontre son homologue cambodgien Tea Seiha en marge d’une réunion régionale à Kuala Lumpur.

Les deux responsables conviennent de relancer Angkor Sentinel, le principal exercice militaire bilatéral entre les États-Unis et le Cambodge, suspendu depuis 2017.

Le calendrier est particulièrement révélateur.

La reprise de l’exercice était envisagée avant le conflit, mais elle n’avait pas encore été officiellement décidée.

C’est après l’intervention américaine et la signature de l’accord avec la Thaïlande qu’elle devient concrète.

Le conflit n’a donc pas créé l’idée de reprendre Angkor Sentinel. Il semble cependant avoir fourni l’impulsion politique permettant de passer des discussions à la décision.

Novembre 2025 : Washington lève l’embargo sur les armes

Le 6 novembre 2025, les États-Unis lèvent l’embargo sur le commerce de défense avec le Cambodge.

Cet embargo avait été imposé en 2021 en raison des inquiétudes américaines concernant l’influence militaire chinoise, la situation politique cambodgienne et la corruption.

Washington justifie désormais sa levée par les efforts du Cambodge en faveur de la paix, par la reprise de la coopération militaire et par la lutte contre la criminalité transnationale. Les futures ventes d’armes doivent néanmoins être examinées au cas par cas.

C’est un signal beaucoup plus fort qu’une simple visite officielle.

Les États-Unis ne se contentent plus de dialoguer avec Phnom Penh : ils commencent à démanteler les restrictions mises en place lorsque le Cambodge était considéré comme trop étroitement aligné sur Pékin.

L’enchaînement est frappant :

accord de paix le 26 octobre ;

reprise d’Angkor Sentinel annoncée le 31 octobre ;

levée de l’embargo le 6 novembre.

Trois décisions majeures interviennent en moins de deux semaines.

Janvier 2026 : les États-Unis engagent 45 millions de dollars

Le 9 janvier 2026, Washington annonce une aide de 45 millions de dollars destinée au Cambodge et à la Thaïlande.

Cette enveloppe comprend :

15 millions de dollars pour stabiliser la frontière et soutenir les communautés déplacées ;

10 millions pour le déminage et l’élimination des munitions non explosées ;

20 millions pour combattre les centres d’escroquerie en ligne et le trafic de drogue.

Les États-Unis relient ainsi officiellement trois dossiers : la paix frontalière, la sécurité régionale et la lutte contre la criminalité transnationale.

Cette aide montre que la médiation américaine ne se limite pas à une intervention diplomatique ponctuelle. Washington cherche à s’installer durablement dans la mise en œuvre de l’après-conflit.

Janvier 2026 : un navire de guerre américain accoste à Ream et les marins américains participent à des activités à Sihanoukville

Le 24 janvier 2026, l’USS Cincinnati (LCS-20) devient le premier navire de guerre américain à accoster à la base navale de Ream depuis sa modernisation financée par la Chine. Cette visite marque une étape symbolique dans le réchauffement des relations militaires entre Washington et Phnom Penh.

À bord du navire, l’amiral Samuel Paparo, commandant de l’US Indo-Pacific Command, reçoit le ministre cambodgien de la Défense Tea Seiha ainsi que les principaux responsables militaires du pays. Les discussions portent sur la coopération bilatérale, la sécurité régionale et le développement du partenariat militaire entre les deux pays.

La visite ne se limite pas à des rencontres officielles.

Pendant leur escale, les marins américains participent à plusieurs activités à Sihanoukville, notamment des échanges avec les autorités locales, des événements communautaires, des activités sportives et des visites avec leurs homologues cambodgiens. Ces actions relèvent de ce que les armées appellent la diplomatie navale ou soft power militaire, visant à renforcer les liens entre les forces armées mais aussi avec la population locale.

Le symbole est particulièrement fort.

Quelques mois auparavant, Ream était encore principalement évoquée dans les médias internationaux comme une base modernisée avec l’aide de la Chine et susceptible d’accueillir des bâtiments chinois.

En janvier 2026, cette même base accueille officiellement un navire de guerre américain ainsi que le commandant des forces américaines en Indo-Pacifique.

Cette visite illustre la volonté affichée par Phnom Penh d’ouvrir Ream à plusieurs partenaires internationaux et confirme que la coopération militaire entre les États-Unis et le Cambodge est entrée dans une nouvelle phase.

Juillet 2026 : visite historique du directeur du FBI

Le 22 juillet 2026, Kash Patel, directeur du FBI, rencontre Hun Manet et les responsables de la Police nationale cambodgienne à Phnom Penh.

Il s’agit de la première visite d’un directeur du FBI au Cambodge depuis environ dix-huit ans.

Les discussions portent officiellement sur les escroqueries en ligne, la traite d’êtres humains, le partage de renseignements et les opérations contre les réseaux criminels transnationaux.

Ces escroqueries font perdre chaque année plusieurs milliards de dollars à des victimes américaines. Elles sont souvent organisées depuis de grands complexes situés au Cambodge, au Myanmar ou au Laos, dans lesquels des travailleurs étrangers peuvent eux-mêmes être retenus et contraints de commettre des fraudes.

L’implication du FBI est donc légitime sur le plan judiciaire.

Mais le déplacement personnel de son directeur possède aussi une dimension diplomatique. Il institutionnalise un nouveau niveau de confiance entre Washington et Phnom Penh, dans un domaine aussi sensible que le renseignement et la sécurité intérieure.

Parallèlement, la lutte contre les centres d’escroquerie connaît une accélération spectaculaire.

À partir de 2026, les autorités cambodgiennes multiplient les opérations contre les complexes d’escroquerie en ligne, procèdent à des milliers d’arrestations et d’expulsions, et adoptent une législation renforçant les sanctions contre ces réseaux.

Dans le même temps, les États-Unis renforcent fortement leur coopération avec Phnom Penh à travers le FBI, le Département d’État et d’autres agences fédérales. Le Royaume-Uni développe également sa coopération avec le Cambodge sur les questions de cybercriminalité, de traite des êtres humains et de criminalité transnationale.

Les opérations demeurent officiellement conduites par les autorités cambodgiennes, avec plusieurs partenaires internationaux. Toutefois, cette montée en puissance de la coopération occidentale intervient au même moment que le rapprochement diplomatique et militaire entre Washington et Phnom Penh.

2026 : intensification de la lutte contre les centres d’escroquerie

Parallèlement, les autorités cambodgiennes lancent une campagne d’une ampleur inédite contre les centres d’escroquerie en ligne, et ce depuis début 2025 . Arrestations, expulsions massives et nouvelle législation renforcent la pression sur ces réseaux.

Les États-Unis accroissent leur coopération à travers le FBI, le Département d’État et d’autres agences fédérales. Le Royaume-Uni développe également sa coopération sur les questions de cybercriminalité, de traite des êtres humains et de criminalité transnationale.

Les opérations demeurent officiellement conduites par les autorités cambodgiennes avec plusieurs partenaires internationaux. Toutefois, cette montée en puissance de la coopération occidentale intervient au même moment que l’accélération du rapprochement diplomatique et militaire entre Washington et Phnom Penh.

2026 : préparation concrète d’Angkor Sentinel 2027

Des représentants de l’US Army Pacific, de la Garde nationale de l’Idaho, de l’armée cambodgienne et du centre cambodgien chargé du maintien de la paix et du déminage commencent ensuite à préparer la reprise d’Angkor Sentinel pour 2027.

L’exercice doit comprendre des entraînements de commandement et des manœuvres sur le terrain, autour du secours, du maintien de la paix et de la reconstruction.

Le projet confirme que le rapprochement n’est plus seulement constitué d’annonces politiques.

Il se traduit désormais par une planification militaire commune et par la perspective d’un retour durable des forces américaines dans les activités de formation au Cambodge.

Ce que montre réellement cette chronologie

Cette succession d’événements permet de distinguer deux périodes.

Avant le conflit : un rapprochement prudent

Entre juin 2024 et février 2025, les États-Unis :

relancent le dialogue avec Hun Manet ;

rétablissent les discussions officielles de défense ;

envoient leur premier navire militaire au Cambodge depuis huit ans ;

dépêchent le commandant de l’US Army Pacific ;

commencent à évoquer une reprise d’Angkor Sentinel.

Washington teste alors la possibilité d’une normalisation, mais sans renverser complètement sa politique.

Après le conflit : une accélération politique, militaire et sécuritaire

À partir de juillet 2025, les États-Unis :

interviennent directement dans les négociations de cessez-le-feu ;

participent à la conclusion de l’accord de Kuala Lumpur ;

officialisent la reprise d’Angkor Sentinel ;

lèvent l’embargo sur les armes ;

engagent 45 millions de dollars ;

renforcent la coopération policière et le partage de renseignements ;

organisent la visite historique du directeur du FBI ;

commencent la préparation concrète d’un exercice militaire en 2027.

Le nombre, la rapidité et l’importance de ces décisions montrent que le conflit frontalier a probablement servi d’accélérateur.

Pourquoi Washington agit-il ainsi ?

Cette accélération intervient dans un contexte international marqué par une rivalité stratégique croissante entre les États-Unis et la Chine.

Au-delà de Taïwan, cette compétition porte sur l’ensemble de l’Indo-Pacifique : routes maritimes, infrastructures portuaires, technologies, chaînes d’approvisionnement, influence diplomatique et présence militaire.

Dans cette rivalité, le Cambodge occupe une position géographique importante.

Le port de Sihanoukville et la base navale de Ream donnent directement accès au golfe de Thaïlande, à proximité de la mer de Chine méridionale, l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde.

En cas de crise majeure ou de conflit régional en Asie du Sud-Est ou en Asie de l’Est, ces installations pourraient représenter un intérêt stratégique pour la logistique navale, les lignes de communication maritimes et les opérations militaires.

C’est précisément pour cette raison que les investissements chinois à Ream sont suivis de près par Washington depuis plusieurs années.

Le retour progressif des États-Unis au Cambodge ne doit donc pas être analysé uniquement sous l’angle de la coopération bilatérale. Il s’inscrit également dans la compétition d’influence plus large entre Washington et Pékin.

Quel intérêt pour le Cambodge ?

D’un point vu cambodgien, Hun Manet n’a pas nécessairement intérêt à rompre avec la Chine.

Pékin reste indispensable pour les investissements, les infrastructures, le soutien diplomatique et la coopération militaire.

Mais dépendre presque entièrement d’une seule grande puissance comporte aussi des risques.

En améliorant ses relations avec Washington, Phnom Penh obtient plusieurs avantages :

davantage de marge de manœuvre face à Pékin ;

une meilleure image internationale ;

un accès à des formations et équipements occidentaux ;

une coopération policière plus poussée ;

un soutien dans le conflit avec la Thaïlande ;

de nouvelles possibilités commerciales et diplomatiques.

Le Cambodge semble donc chercher moins à changer de camp qu’à retrouver un équilibre.

Il peut conserver son partenariat stratégique avec la Chine tout en utilisant le retour des États-Unis pour augmenter sa valeur géopolitique et renforcer son autonomie.

Conclusion

Aucun des événements présentés dans cette chronologie, pris isolément, ne constitue une preuve de l’existence d’une stratégie géopolitique précise.

Les États renforcent régulièrement leurs relations pour des raisons diplomatiques, économiques, sécuritaires ou militaires.

En revanche, lorsqu’on replace tous ces faits dans leur ordre chronologique, leur concentration devient particulièrement remarquable.

Entre 2024 et le conflit frontalier, les États-Unis rouvrent progressivement le dialogue avec Phnom Penh.

Après le conflit, les initiatives s’accélèrent : médiation américaine, accord de paix, reprise d’Angkor Sentinel, levée de l’embargo sur les armes, aide financière, coopération du FBI, intensification de la lutte contre les escroqueries, préparation d’exercices militaires conjoints et multiplication des échanges sécuritaires.

Pris séparément, chacun de ces événements pourrait être considéré comme une simple évolution diplomatique.

Pris ensemble, leur enchaînement devient plus difficile à considérer comme une simple succession de coïncidences.

Cela ne démontre pas l’existence d’un accord secret, ni que le Cambodge serait en train de quitter l’orbite chinoise. Les liens avec Pékin demeurent profonds sur les plans économique, militaire et politique.

En revanche, cette chronologie montre qu’après le conflit frontalier, Washington a considérablement accéléré son réengagement au Cambodge, tandis que Phnom Penh semble chercher à diversifier ses partenariats afin d’accroître sa marge de manœuvre dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine.

 

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