L’histoire de la diaspora cambodgienne en France est composée de parcours sociaux très différents. Pourtant, derrière ces différences se trouve une réalité qui mérite d’être davantage reconnue : le racisme et les discriminations liés aux origines cambodgiennes.
Pour comprendre cette réalité, il faut distinguer deux grandes histoires migratoires.
D’un côté, nous retrouvons des Cambodgiens issus de familles favorisées, de milieux aristocratiques, intellectuels ou de l’ancienne élite francophile. Certaines de ces familles entretiennent des liens avec la France depuis la période du protectorat. Elles disposent parfois d’un patrimoine, d’une éducation francophone, de relations sociales et d’un capital culturel qui leur donnent accès à des milieux privilégiés.
De l’autre côté, nous retrouvons les familles cambodgiennes arrivées en France après 1975, notamment à la suite de la prise de pouvoir des Khmers rouges. Beaucoup ont fui les persécutions, la guerre et les violences du régime. Certaines ont tout perdu : leurs proches, leurs biens, leur maison, leur situation professionnelle et parfois jusqu’à leurs repères culturels. Elles ont dû reconstruire leur existence dans un pays dont elles ne maîtrisaient pas toujours la langue.
Ces deux populations ne partent donc pas avec les mêmes ressources. Elles n’ont ni la même histoire familiale, ni les mêmes conditions d’installation, ni les mêmes possibilités sociales.
Et pourtant, elles avaient toutes un point commun : leur position sociale suffisait-elle à les protéger du racisme des Français ?
– La réponse est non.
Un Cambodgien issu d’une famille aristocratique, parfaitement francophone, diplômé et socialement favorisé pouvait lui aussi être confronté aux préjugés raciaux, au mépris colonial et aux discriminations visant les populations asiatiques.
Son niveau d’éducation, son patrimoine ou sa maîtrise des codes culturels français ne changeaient pas nécessairement le regard porté sur ses origines.
De la même manière, une famille réfugiée issue des classes populaires pouvait subir des discriminations en raison de son apparence, de sa nationalité, de son statut migratoire et de sa situation économique.
Les formes de discrimination pouvaient être différentes, mais l’origine cambodgienne pouvait constituer un motif commun de rejet.
C’est ici que les deux histoires se rejoignent
D’un côté, des familles qui avaient parfois les moyens de fréquenter les cercles privilégiés de la société française. De l’autre, des familles qui devaient lutter pour retrouver une stabilité après l’exil.
Pourtant, ni les diplômes, ni les relations, ni le patrimoine, ni la maîtrise du français ne garantissaient de ne jamais être confronté au racisme.
Il est donc important de ne pas laisser les différences de classe sociale effacer cette réalité commune.
La diaspora cambodgienne en France ne forme pas un groupe social uniforme. Elle est composée de familles aux histoires parfois très éloignées, avec des héritages et des expériences différentes
Reconnaître ces différences ne doit pas empêcher de reconnaître ce qui peut les réunir.
On peut avoir grandi dans une famille aristocratique ou dans une famille de réfugiés. On peut parler français depuis plusieurs générations ou avoir appris cette langue en arrivant en France. On peut être diplômé, propriétaire, ouvrier ou avoir connu la précarité. Cela ne nous met pas nécessairement à l’abri du racisme.
L’origine khmère ne dépend ni du statut social, ni du niveau d’éducation, ni de la proximité avec la culture française
Et face aux discriminations fondées sur cette origine, les différences de classe ne devraient pas devenir des frontières entre les membres d’une même diaspora.
Nos histoires ne sont pas identiques, mais elles font partie d’une même histoire khmère.


