Près de dix mois après le cessez-le-feu du 27 décembre 2025, les relations entre le Cambodge et la Thaïlande demeurent fragiles. Si les affrontements militaires de grande ampleur ont cessé, les différends territoriaux restent sans solution définitive. Phnom Penh réclame désormais l’application des accords existants et le retour des populations déplacées, tandis que Bangkok insiste sur la sécurité et le rétablissement de la confiance.
Un cessez-le-feu qui ne règle pas le conflit territorial
Les affrontements survenus en juillet et décembre 2025 ont marqué une grave détérioration des relations entre les deux pays voisins.
Ces combats, impliquant notamment des échanges d’artillerie et des frappes aériennes, ont provoqué plus d’une centaine de morts et le déplacement de centaines de milliers de personnes, selon les bilans rapportés par la presse internationale.
Un nouveau cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 décembre 2025. Toutefois, cet accord n’a pas permis de résoudre les désaccords fondamentaux concernant la délimitation de certaines portions de la frontière commune.
Les deux gouvernements continuent de défendre des interprétations divergentes de la situation territoriale.
Phnom Penh réclame le respect des accords et le retour des civils
Le 13 octobre, lors de la 134e session du Conseil permanent de la Francophonie à Paris, l’ambassadeur cambodgien en France, Luy David, a appelé à des mesures concrètes pour restaurer la confiance entre les deux pays.
Le diplomate a notamment insisté sur l’application des accords bilatéraux, le respect des frontières internationales et la reprise des travaux de démarcation dans le cadre de la Commission mixte frontalière.
La question humanitaire demeure également centrale.
Le 15 octobre, lors d’un sommet international en Azerbaïdjan, le Premier ministre cambodgien Hun Manet a affirmé qu’environ 20 000 citoyens cambodgiens ne pouvaient toujours pas regagner leur domicile en raison de la situation frontalière.
Il a également dénoncé la présence de troupes thaïlandaises dans des zones que Phnom Penh considère comme appartenant au territoire cambodgien.
Ces accusations territoriales sont contestées par Bangkok et ne constituent pas, à elles seules, une constatation indépendante de violation de souveraineté.
La Thaïlande rejette les accusations cambodgiennes
De son côté, le gouvernement thaïlandais affirme respecter les engagements pris dans le cadre du cessez-le-feu.
Dans un communiqué publié le 7 octobre, le ministère thaïlandais des Affaires étrangères a réaffirmé sa volonté de résoudre les différends par le dialogue et les mécanismes bilatéraux existants.
Bangkok considère cependant que les discussions techniques sur la démarcation frontalière nécessitent un environnement suffisamment sûr, notamment face aux risques liés aux mines terrestres et aux réseaux criminels transnationaux.
Les autorités thaïlandaises accusent également Phnom Penh de présenter certains échanges diplomatiques de manière trompeuse.
Les deux gouvernements affirment donc rechercher une solution pacifique, mais divergent sur les responsabilités, les conditions préalables et les mesures à appliquer en priorité.
L’ASEAN poursuit sa mission d’observation
Face à cette situation, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) joue un rôle important dans le suivi du cessez-le-feu.
Le 14 octobre, des représentants de l’équipe d’observation de l’ASEAN ont rencontré des responsables militaires cambodgiens dans la province de Battambang.
Cette mission, dirigée par le commodore Glenn Z. Dizon, vise notamment à observer, vérifier et rendre compte de la situation sur le terrain.
Le Cambodge a renouvelé son soutien à ce mécanisme régional, présenté comme un moyen de renforcer la transparence et de limiter les risques de reprise des hostilités.
Toutefois, la présence d’observateurs ne suffit pas à résoudre les revendications territoriales qui opposent les deux États.
Un différend maritime désormais examiné à La Haye
Parallèlement aux tensions terrestres, les deux pays sont engagés dans une procédure internationale de conciliation concernant leurs différends maritimes.
Le 9 octobre, la Cour permanente d’arbitrage a annoncé qu’une réunion entre la commission de conciliation et les parties se tiendrait du 14 au 18 octobre à La Haye, aux Pays-Bas.
Cette procédure s’inscrit dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Il s’agit d’un mécanisme distinct des négociations concernant la frontière terrestre.
La conciliation vise à rapprocher les positions des parties et à faciliter une solution négociée. Elle ne doit pas être confondue avec une décision judiciaire imposant automatiquement un nouveau tracé frontalier.
Une crise qui dépasse les questions de souveraineté
Les conséquences du conflit ne sont pas uniquement militaires ou diplomatiques.
Les déplacements de populations, les restrictions de circulation et les perturbations des échanges frontaliers affectent directement les communautés vivant dans les provinces concernées.
Pour les familles déplacées, la priorité reste le retour dans des conditions de sécurité satisfaisantes.
La prolongation de cette situation risque également de fragiliser la confiance entre les populations et de compliquer la reprise des activités économiques locales.
Au-delà des revendications territoriales, la stabilité de cette frontière représente donc un enjeu humain et économique majeur pour les deux pays.
Vers une paix durable ou un conflit gelé ?
La situation actuelle illustre les limites d’un cessez-le-feu lorsqu’il n’est pas accompagné d’un règlement politique et territorial.
Le Cambodge demande une application plus rapide des accords existants et la reprise des opérations de démarcation. La Thaïlande insiste sur la sécurité et sur les conditions nécessaires au rétablissement du dialogue.
L’ASEAN et les mécanismes juridiques internationaux constituent des voies de désescalade, mais leur efficacité dépendra de la coopération des deux gouvernements.
La question n’est donc plus seulement de savoir si le cessez-le-feu peut tenir, mais si Phnom Penh et Bangkok parviendront à transformer cette trêve fragile en une paix durable.
Pour les populations frontalières, les résultats concrets compteront davantage que les déclarations diplomatiques.


