En 1594, les armées siamoises lancent une grande campagne contre Longvek. Après un siège prolongé, la capitale tombe. La ville est pillée et une partie importante de la population est emmenée vers Ayutthaya.
Au-delà de la défaite : une perte humaine et culturelle majeure
À cette époque, les déplacements forcés de population font partie des pratiques de guerre en Asie du Sud Est. Il ne s’agit pas seulement de vaincre un royaume, mais aussi de s’approprier sa main-d’œuvre et ses savoirs.

Parmi les personnes emmenées figurent des artisans et des architectes recherchés pour leurs compétences dans la construction et les arts de cour, des danseuses et des musiciens liés au prestige culturel royal, ainsi que des lettrés, des religieux et des habitants destinés à être intégrés à la société siamoise.
Ces faits sont rapportés par plusieurs chroniques et témoignages étrangers, notamment ceux associés aux récits de Blas Ruiz de Hernán González* et de Diogo Veloso, aussi appelé Diego Belloso*, soldats aventuriers originaires de la péninsule Ibérique.
Le transfert forcé de ces élites et de leurs savoirs marque durablement l’histoire culturelle de la région. Pour le royaume khmer, la perte dépasse le cadre territorial et affecte directement l’équilibre politique ainsi que l’autorité royale, mettant fin à une tentative de reconstruction engagée après l’abandon d’Angkor.
Une période d’instabilité
Après 1594, le Cambodge entre dans une phase difficile. Le pouvoir royal devient instable et les capitales se déplacent successivement.
Le royaume est alors dirigé par le roi Satha Ier. Face à l’effondrement des défenses et à l’entrée des armées siamoises dans la capitale, le souverain est contraint de fuir afin d’éviter la capture.
Son départ marque la rupture du pouvoir central et ouvre une période d’instabilité politique.
Il se réfugie finalement dans le royaume de Lan Xang, après la chute de Longvek face aux forces siamoises.
Privée de son centre politique, la monarchie khmère entre dans une période de rivalités dynastiques. Plusieurs princes revendiquent l’autorité royale, parfois avec le soutien de puissances étrangères, fragilisant davantage l’unité du royaume.
Malgré l’exil et les divisions internes, la lignée royale ne disparaît pas. Les descendants de Satha Ier continuent de revendiquer le trône, illustrant la continuité de la monarchie khmère malgré les bouleversements provoqués par la chute de Longvek.
Le royaume continue d’exister, mais doit désormais composer avec la pression de ses voisins. Le Siam à l’ouest et le Đại Việt à l’est cherchent à étendre leur influence, soutenant parfois des factions rivales au sein même de la monarchie khmère. Les luttes de succession affaiblissent encore la capacité du royaume à résister aux pressions régionales.
Les défenses de Longvek face au siège
Longvek repose sur un système défensif mêlant traditions militaires anciennes et adaptations aux évolutions du XVIᵉ siècle.
La ville est organisée comme une véritable place fortifiée. Des murailles de terre compactée, renforcées par des structures en bois, entourent la capitale, tandis que de larges fossés remplis d’eau protègent les remparts et compliquent toute attaque directe.

La proximité du Tonlé Sap facilite les déplacements militaires et le ravitaillement, tandis que des postes de surveillance contrôlent les accès.
Les défenseurs khmers utilisent un armement varié : lances, piques, sabres, arcs et arbalètes, tandis que les éléphants de guerre servent encore de force de choc et de commandement.
Les armes à feu commencent alors à se diffuser grâce aux échanges commerciaux. Les sources évoquent la présence de mousquets et de quelques pièces d’artillerie côté khmer, mais l’armée siamoise semble mieux organisée dans leur utilisation, avantage décisif durant le siège.

Malgré des défenses solides pour leur époque, Longvek finit par céder face à un siège prolongé, à la supériorité numérique adverse et à une artillerie plus efficace. Le centre du pouvoir se déplacera ensuite vers Oudong, future capitale pendant plusieurs siècles.
Longvek, symbole de résistance et de continuité
Malgré la défaite, le royaume ne disparaît pas. Il survit, se transforme et poursuit son histoire. Longvek demeure aujourd’hui le symbole d’une période charnière, celle d’un royaume confronté à de profonds bouleversements mais résolu à préserver son héritage.


