Ghost Mountain ne parle pas de mythes ni de peurs invisibles. Il raconte un fait historique précis, longtemps étouffé, survenu à la montagne de Dângrêk au moment où des réfugiés cambodgiens tentaient de fuir vers la frontière thaïlandaise.
Le film revient sur ce qui s’est passé lorsque ces réfugiés, civils, familles, survivants, se sont retrouvés bloqués aux portes de la Thaïlande, et sur la manière dont l’armée thaïlandaise les a repoussés, abandonnés, voire éliminés, sur cette zone montagneuse.
La montagne de Dângrêk : un lieu stratégique et meurtrier
La chaîne des Dângrêk n’est pas une montagne neutre. Elle marque une frontière, un rapport de force, une ligne politique et militaire. Pour les réfugiés cambodgiens, elle est devenue un piège.
Le film montre comment ce relief escarpé a été utilisé comme un outil de dissuasion et de violence : repousser des populations épuisées vers des zones où survivre était presque impossible, sans eau, sans nourriture, sans issue.

Des réfugiés transformés en problème à éliminer
Ghost Mountain met en lumière un mécanisme glaçant : ces réfugiés n’étaient plus considérés comme des êtres humains, mais comme un problème logistique et politique.
Plutôt que de leur accorder protection, ils ont été repoussés vers la montagne, livrés à la faim, aux chutes, aux blessures, aux mines et à la mort. Le film montre clairement comment l’armée thaïlandaise a participé à ce processus de rejet violent, sans avoir besoin de camps, de prisons ou de procès.

Une violence sans images spectaculaires
Le film ne cherche pas l’effet choc. Il expose les faits. La violence est administrative, militaire, froide. C’est une violence de frontière, de cartes, de décisions prises loin des corps.
Ce choix rend le récit encore plus lourd. Il ne s’agit pas d’un accident, mais d’une politique assumée à l’époque.
Pourquoi ce film dérange
Ghost Mountain dérange parce qu’il brise un récit dominant : celui d’une Thaïlande présentée comme terre d’accueil humanitaire. Le film rappelle que, pour les réfugiés cambodgiens, la frontière a aussi été un lieu de mort.
Il dérange aussi parce qu’il redonne un visage à des victimes souvent effacées des récits officiels, coincées entre guerre, exil et silence international.
Une mémoire que l’on ne peut pas enterrer
La montagne de Dângrêk est aujourd’hui encore marquée par ces événements. Ghost Mountain agit comme un travail de mémoire. Il nomme. Il situe. Il refuse l’oubli.
Ce film n’est pas une fiction détachée du réel. C’est un rappel brutal de ce qui arrive quand des États décident qu’une population peut disparaître sans laisser de trace.
Pourquoi en parler sur EFK
Parce que transmettre, c’est aussi raconter les pages sombres, celles qui n’apparaissent ni dans les manuels scolaires ni dans les discours diplomatiques.
Ghost Mountain rappelle que les réfugiés cambodgiens n’ont pas seulement fui une guerre. Ils ont aussi été rejetés, repoussés et sacrifiés sur une montagne frontière.
