Pendant la Première Guerre mondiale, la France manque d’hommes et se tourne vers ses colonies. Des hommes venus du Cambodge, du Laos et plus largement de l’Indochine sont recrutés parfois soldats, souvent travailleurs, puis envoyés en Europe. Une partie d’entre eux meurt sur un continent qui n’est ni le leur ni celui de leur histoire.
L’injustice, elle commence là :
Ils ne sont pas morts pour défendre leur propre terre. Ils sont morts dans une guerre née des rivalités entre puissances européennes, alors que leurs pays étaient sous domination coloniale française.
Pour beaucoup de familles khmères et laotiennes, cela crée encore aujourd’hui un malaise : leurs ancêtres ont été emportés dans une guerre qui ne concernait pas directement Phnom Penh, Battambang, Luang Prabang ou Vientiane.
Pourquoi c’est si lourd symboliquement à Vincennes
Après la guerre, la France fait ériger à Vincennes un monument :
“Aux Cambodgiens et Laotiens morts pour la France.”
Le paradoxe est immense.
On rend hommage à ces morts, ce qui est juste humainement. Mais le monument rappelle aussi que leur présence sur le front est le résultat d’un système colonial qui a utilisé les corps des colonisés pour ses propres guerres.
C’est pour ça que le lieu trouble autant.
Le respect pour les morts est réel, mais derrière ce respect il y a une vérité plus dure :
Ils ont payé de leur vie une guerre décidée ailleurs, par d’autres, dans un cadre de domination
Le cœur de l’injustice
Le plus injuste, ce n’est pas seulement leur mort.
C’est que leur histoire a longtemps été racontée surtout du point de vue français : morts pour la France.
Vu d’un angle khmer ou laotien, on peut aussi le dire autrement :
Des ancêtres ont été envoyés mourir loin de leur pays parce que leur terre était colonisée.
Et c’est cette phrase qui change tout.
Le monument de Vincennes n’est donc pas seulement un hommage. C’est aussi une trace silencieuse de ce que la colonisation a coûté humainement aux peuples khmers et laotiens.


