Avant la colonisation française
Avant l’arrivée de la France, Battambang, Sisophon et Siem Reap étaient sous administration siamoise depuis le XVIIIᵉ siècle. Ces modifications territoriales résultaient des rapports de force et des conflits régionaux de l’époque.
À ce moment-là, ces provinces ne relevaient déjà plus du Cambodge.
Situation régionale avant 1863
Dans cette période, plusieurs royaumes cherchaient à renforcer leur position dans la région.
Le Siam exerçait une influence importante sur le Cambodge et contrôlait plusieurs provinces khmères.
Le Vietnam des Nguyễn menait également sa politique dans la zone, ce qui créait un climat de tensions constantes.
Le roi Norodom Ier, formé à Bangkok, évoluait dans ce contexte complexe où chaque puissance cherchait à affirmer ses intérêts.
1863 : un traité qui changea la dynamique politique de la région
En 1863, le roi Norodom Ier demanda un appui extérieur à Napoléon III afin d’obtenir un soutien face aux pressions simultanées du Siam et du Vietnam.
Cette démarche visait à modifier les rapports de force autour du Cambodge.
Le traité plaça le royaume sous protectorat français.
À cette date, Battambang, Sisophon et Siem Reap se trouvaient toujours du côté siamois et ne furent pas concernées par l’accord.
Le contexte franco-britannique
À la fin du XIXᵉ siècle, l’Empire britannique étendait son influence depuis la Birmanie et la Malaisie, tandis que l’Empire français consolidait sa présence depuis le Vietnam.
Le Siam se retrouva pris entre ces deux puissances européennes.
Cette rivalité contribua directement aux ajustements territoriaux qui suivirent.
L’Indochine en 1887
Lorsque l’Indochine française fut établie en 1887, le Cambodge y fut intégré avec la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin.
Les provinces de l’Ouest khmer restaient cependant administrées par le Siam.
Pendant cette période, la pression britannique se poursuivait depuis la Birmanie.
1907 : restitution au Cambodge
En 1907, un traité franco-siamois fut signé.
Objectif du traité :
Redéfinir les frontières entre le Siam et l’Indochine française,
et régler plusieurs contentieux territoriaux qui traînaient depuis des décennies.
Le traité n’était pas unilatéral. Le Siam reçut :
• la région de Dan Sai (province de Loei, au nord-est de la Thaïlande, proche du Laos)
• la région de Krung Chanthaburi (province à l’est de la Thaïlande, proche du Cambodge, au-dessus de Pailin et Battambang), que la France occupait depuis 1893
• des ajustements frontaliers dans la zone de Trat (face à Koh Kong)
Le Siam restitua Battambang, Sisophon et Siem Reap.
Ces provinces furent réintégrées officiellement au Cambodge dans le cadre de cet accord.
1941 : intervention japonaise
En 1940–1941, l’Empire du Japon avançait déjà dans toute l’Asie du Sud-Est et contrôlait progressivement la région. La France, de son côté, venait de tomber sous le régime de Vichy après l’invasion allemande. La métropole était occupée, isolée et incapable d’envoyer des renforts.
L’Indochine française se retrouvait donc affaiblie, coupée du monde, dans une position très fragile face à une puissance japonaise en expansion.
La guerre franco-siamoise
Profitant de ce contexte, la Thaïlande dirigée par Plaek Phibunsongkhram lança une attaque en décembre 1940 pour tenter de récupérer Battambang, Sisophon, Siem Reap et plusieurs territoires lao.
Elle considérait ces zones comme perdues “injustement” après le traité de 1907.
Les combats eurent lieu le long du Mékong et sur la frontière cambodgienne. Il y eut des avancées et des reculs des deux cotés.
Aucun camp ne réussit à s’imposer réellement : la guerre restait bloquée, sans victoire décisive.
C’est dans ce contexte que le Japon décida d’intervenir. Non pas pour faire la paix, mais pour contrôler lui-même la situation.
Il ne voulait pas qu’une guerre locale perturbe ses plans militaires pour la Birmanie, la Malaisie et Singapour. Il voulait aussi s’assurer la loyauté de la Thaïlande et réduire l’influence française dans la région.
Pour Tokyo, il était essentiel que la Thaïlande sorte “gagnante” afin de devenir un allié fiable.
Le Japon convoqua alors la France et la Thaïlande à Tokyo. L’objectif n’était pas une négociation : c’était une décision imposée. La France, isolée, affaiblie et déjà surveillée par les forces japonaises présentes au Tonkin depuis 1940, ne pouvait pas refuser.
Le Japon avait la puissance militaire, les moyens logistiques et la position dominante. S’opposer à lui aurait entraîné la perte totale de l’Indochine.
Le 9 mai 1941, le “Protocol of Tokyo” fut signé sous pression japonaise.
Le Japon imposa que la France cède Battambang, Sisophon, Siem Reap et plusieurs territoires du Laos à la Thaïlande.
Le Siam obtint donc ces provinces, mais pas par victoire militaire : uniquement parce que le Japon avait dicté sa volonté.
À partir de ce moment-là, ces provinces furent administrées par la Thaïlande, avec de nouveaux noms, de nouvelles autorités et une intégration totale dans son système administratif.
Ce changement dura jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, le Japon perdit la guerre. Tous les accords imposés par lui furent annulés.
La Thaïlande dut restituer les provinces lors du Traité de Washington signé le 27 novembre 1946 avec les Alliés (États-Unis, Royaume-Uni, Chine, France).
La frontière revint alors à celle reconnue en 1907.
Ensuite, les Nations Unies confirmèrent cette frontière comme définitive et internationalement reconnue.
Depuis 1946, personne n’a le droit de contester légalement ces territoires.

