Fromager aux racines monumentales enlaçant un temple d’Angkor sous un ciel bleu intense

Le fromager, l’arbre qui enlace Angkor

À Angkor, certains arbres ne poussent pas à côté des temples. Ils vivent avec eux.
Parmi les plus impressionnants, le fromager occupe une place à part. On le reconnaît à ses racines gigantesques, épaisses, presque sculptées, qui descendent lentement sur les murs de pierre comme si la nature avait décidé d’embrasser l’œuvre humaine plutôt que de l’effacer.

Quel est cet arbre exactement

Le fromager d’Angkor est généralement identifié comme Tetrameles nudiflora, un arbre tropical pouvant atteindre plus de quarante mètres de haut. Son tronc est clair, parfois argenté, et ses racines aériennes sont sa signature.

Ce n’est pas un arbre sacré au sens religieux strict, mais dans la culture khmère, les grands arbres sont associés aux esprits de la nature, les neak ta. On ne les coupe pas sans raison. On leur parle. On les respecte.

Comment le fromager est arrivé sur les temples

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les fromagers n’ont pas été plantés volontairement sur les temples.

Après le déclin d’Angkor, entre le XVe et le XVIe siècle, l’entretien des temples s’est progressivement réduit. La jungle a repris ses droits. Des graines, transportées par le vent ou les oiseaux, ont germé dans les fissures des pierres.

Avec le temps, certaines racines se sont étendues, ont épousé les murs, se sont glissées entre les blocs, jusqu’à faire partie du paysage même des monuments.

Un équilibre fragile entre nature et patrimoine

Lors des travaux de restauration menés au XXe siècle, notamment par l’École française d’Extrême-Orient, un choix difficile s’est imposé : faut-il enlever les arbres pour sauver les temples, ou les laisser pour préserver l’âme du site ?

À Angkor Wat et surtout à Ta Prohm, certains fromagers ont été volontairement conservés. Non par romantisme, mais parce que leurs racines faisaient désormais partie de la structure. Les retirer aurait provoqué des effondrements.

Le fromager dans l’imaginaire khmer

Dans les récits populaires, le fromager est parfois vu comme un gardien. Il veille sur les lieux anciens. Certaines personnes âgées racontent qu’il vaut mieux éviter de dormir à son pied sans autorisation spirituelle. Pas par superstition naïve, mais par respect.

Ce rapport à l’arbre révèle quelque chose de profond dans la culture khmère : la pierre n’est pas supérieure au vivant.

Concernant le nom « fromager », il est issu de l’ère coloniale. Il ne provient ni de la langue khmère ni d’un usage local ancien, mais d’une appellation introduite à cette période, restée dans le vocabulaire jusqu’à aujourd’hui. Ce nom reflète un regard extérieur posé sur l’arbre, une façon de le nommer à travers des références culturelles étrangères, sans lien avec les représentations khmères traditionnelles de la nature et des esprits qui l’habitent.

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